Un jour – dans mes souvenirs c’était l’été – j’ai reçu l’idée d’écrire une lettre.
Oh, ce n’était pas la première fois que cette idée-là me visitait !
Mais précisément ce jour d’été, il faisait chaud, et je ne sais pas dire pourquoi, j’ai pris un stylo et j’ai sorti une feuille de papier à lettres pour tracer ce que j’avais en tête.
Et bien, figurez-vous – ou pas – que je n’ai pas réussi !
La lettre est bien venue, oui.
Mais pas du bon endroit. Si bien qu’elle menait tout droit dans une impasse.
Quelque chose en moi le savait. Quelque chose d’indéfinissable, d’impalpable enfoui au plus profond de mon être. Quelque chose qui pourrait ressembler à un éclair de lucidité plein d’énergie, mais tellement recroquevillé dans sa solitude et dans sa peur de l’oubli qu’il en était devenu cœur de pierre.
Pierre, c’est joli comme prénom ! Et si nous l’adoptions pour raconter la suite de l’histoire ?
C’est ainsi que Pierre Lucide est entré en scène dans le grand théâtre de sa vie. Et pendant des années, il s’est pris pour quelqu’un. Tour à tour roi, poète, enfant, mari, musicien, guerrier, ingénieur, il a épousé tous les personnages qui lui donnaient l’impression d’exister.
Pour de vrai.
Les spectateurs étaient ravis.
Pourtant, lucide, Pierre sentait grandir en lui une forme de tristesse, une mélancolie venue d’ailleurs, qui se lisait jusque dans ses yeux. Mais comme il ne la comprenait pas, il continuait de jouer les rôles qu’il s’attribuait. Au point même d’envisager une carrière de comédien.
Les spectateurs s’en extasiaient d’avance.
C’est justement l’instant fatidique que saisit un éclair fulgurant de lucidité pour traverser la pièce.
Une carrière de Pierre ? Il y avait là de quoi le détruire complètement !
Alors Pierre s’est enfui. Il a fui de lui-même. C’est comme se recroqueviller encore plus mais en ajoutant de la distance.
Un exil.
Loin de la folie des hommes et de leur théâtre de boulevard maléfique.
Combien de temps Pierre est-il parti ?
Que s’est-il passé pour lui durant cet éloignement ?
L’histoire ne le dit pas, ne le dit plus.
Ce serait trop long à raconter.
Les spectateurs n’ont plus la patience.
Je ne peux donc en délivrer qu’une brève infolettre.
Une trace de carnet.
L’empreinte d’un stylo.
Des résidus d’un cœur de pierre.

Toutefois, il se rapporte encore en secret dans les chaumières que tout un univers s’est construit autour de ce cœur de pierre, protégeant de l’oubli son trésor d’Humanité.
Enveloppant, de jour comme de nuit, ce quelque chose qui sait, aussi archaïque que précieux à qui voudrait quitter l’impasse d’une lettre en tête.
Apprivoisant imperceptiblement l’intangible, l’immanent jusqu’à parvenir à le reconnaître.
Et menant habilement à la plus simple expression d’une étincelle de joie primordiale.
Un éclair de lucidité.
Fugace est l’instant qui se crée juste avant, aussi radieux que nature.
29 janvier 2026
Quelques idées lucides venues des pierres
Instant de conscience
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