
Il y a toujours plusieurs faces pour composer des histoires collectives.
27 septembre 2021
Dans mon esprit, les interconnexions apportant du sens aux nombreuses questions que je me posais, aux réactions que mon comportement pouvait susciter, à la connaissance acquise par mes apprentissages, se sont reliées à la lecture de cet article : l’inclusion c’est quoi ?
Pour être plus précise, j’ai particulièrement intégré ce jour-là les données de l’image illustrant 4 comportements possibles dans l’organisation collective d’une population donnée.

Depuis, j’en ai ressorti une source de compréhension possible des clivages supplémentaires observés dans nos sociétés avec la gestion de la crise sanitaire.
J’ai affiné les proportions de l’illustration d’origine pour mieux représenter dans l’image ci-contre ce qui, je pense, est en train de se jouer à chaque échelle dans nos collectifs : faut-il exclure ce qui nous dérange ? Ségréguer ? Intégrer ? Ou élargir le cadre de référence pour inclure tout ce qui est là ?
Pour que des individus puissent œuvrer ensemble au service d’un projet donné, ils ont besoin de définir des règles de fonctionnement communes leur permettant de se sentir suffisamment en sécurité dans le groupe constitué pour pouvoir agir en confiance. Dans les pratiques cherchant à faire émerger l’intelligence collective du groupe, on appelle cela la membrane, ou bien le cadre de sécurité, ou bien encore la bulle de confort du groupe.
Début 2020, le traitement de l’information d’un virus méconnu s’invitant dans nos environnements quotidiens a subitement bousculé à grande échelle notre sentiment de sécurité collectif. Avec plus ou moins d’intensité selon notre perméabilité et nos pratiques de santé individuelles qui jusque-là, ne faisaient que rarement partie des éléments pris en compte dans les cadres de sécurité établis ou implicites des groupes en action.
La norme comportementale qui s’est alors déployée dans notre société comme règle de protection collective est celle d’une approche allopathique de combat, cherchant à éradiquer un coupable désigné SARS-CoV-2 et considéré comme l’unique responsable des symptômes pathologiques et transmissibles d’une personne à l’autre. Cette norme dominante s’est rapidement imposée à tous, quels qu’en soient les dommages collatéraux sur les autres principes constituant les bulles initiales de confort des groupes.
Que faire alors des personnes qui ne s’inscrivent pas dans cette norme ? Soit parce qu’elles ont une particularité rendant les choix thérapeutiques normalisés dangereux pour leur santé. Soit parce qu’elles ressentent un déséquilibre entre toutes les composantes du nouveau cadre de sécurité installé dans les groupes auxquels elles appartiennent. Soit parce qu’elles utilisent un autre angle d’approche de la santé, qui pourrait apporter davantage de souplesse aux collectifs dans l’ajustement de leur membrane protectrice. Soit parce qu’elles maîtrisent un domaine de compétences les amenant à alerter sur l’incompatibilité entre les objectifs de protection annoncés et la norme comportementale sélectionnée pour les atteindre. Soit parce qu’elles ont encore d’autres motifs d’objection raisonnable à partager.
Une objection est un véritable cadeau pour le groupe car elle lui apporte la possibilité d’aller plus loin, en approfondissant des parties encore inexplorées d’une proposition donnée.

Alors, faut-il exclure ? Ségréguer ? Intégrer ? Ou inclure ces personnes hors norme ?
Cette décision est, à mon sens, une question de choix de gouvernance collective, qui relève à la fois du groupe et de la mission qu’il poursuit, et à la fois de ce que chaque individu est capable d’affirmer face aux modalités de pression d’une norme constituée.
Parmi les 4 possibilités comportementales citées, le choix de l’inclusion est probablement celui qui est le plus long et le plus transformant du collectif. Car il nécessite que chacun renonce à conserver son cadre de sécurité de référence, pour se retrouver avec les autres dans une membrane plus large, élaborée par l’ensemble des membres du groupe. Pour autant, ce choix pourrait bien être aussi le plus nécessaire afin que nous parvenions collectivement à mobiliser consciemment notre intelligence au bénéfice des enjeux écologiques et économiques encore à transcender.
Un tel choix de l’inclusion suppose d’être individuellement prêt à consacrer du temps collectif pour la rencontre avec d’autres mondes que le sien, d’être individuellement et collectivement prêt à réviser ses habitudes de fonctionnement pour tenir compte des besoins explicites de chaque intervenant, et d’être collectivement prêt à placer l’attention portée au maintien de l’intégrité du groupe au même niveau de priorité que l’énergie consacrée à la réalisation de ses activités.
Appliqué à toutes les différences de réactions et comportements qui peuvent exister d’un individu à l’autre face à une situation donnée, je dirais qu’un tel choix de nous organiser collectivement en groupes inclusifs nécessite déjà d’équilibrer en soi sa propre sécurité, afin de se libérer autant que possible d’attentes conditionnelles envers les autres. Ainsi placés en complète responsabilité de nous-mêmes et de ce que nous vivons, de nos facilités comme de nos difficultés, nous sommes alors à même de nous ouvrir les uns aux autres dans la confiance que nous sommes des êtres fondamentalement d’égale valeur. Et c’est de ces échanges authentiques et riches de leur diversité, que nous pouvons accéder conjointement à ce monde plus grand qui nous réunit collectivement au-delà de nos normes initiales de référence.





